    Je vais m'attaquer à un gros morceau, qui est mon film préféré de tous les temps, "Moi, Zombie : Chronique de la Douleur".
Mais d'abord, attaquons le résumé (comportant de nombreux spoilers, donc à vos risques et périls).
Nous sommes en Angleterre.
Mark, jeune étudiant en botanique est comblé. Il a tout dans la vie pour être heureux. Même si'il n'est pas plus riche que ça, il mange à sa faim. Il a un toit. Des amis. Une copine qu'il aime follement. Comme plein de jeunes, il a plein de rêves dans la tête. Bref, il n'est pas à plaindre.
Un jour, alors qu'il essayait de relever quelques spécimens pour une thèse de botanique, il voit une femme apparemment agonisante et vraiment mal en point.
Mark, qui n'est pas un mauvais bougre, essaie de la secourir. Mais voilà que, tout à coup, cette femme le mord sauvagement. Âïe, ça fait mal, elle m'a mordu jusqu'au sang, la s... !
Mark rentre chez lui. Après s'être désinfecté la blessure, il va voir sa copine. Il n'y pense déjà plus à sa blessure, c'était sans doute une folle.
Le lendemain, après un cauchemar horrible, il commence à entr'apercevoir un changement chez lui. Mais lequel ? il n'arrive pas encore vraiment à se l'expliquer. Il a l'impression qu'il n'est plus comme avant... C'est comme s'il avait envie... de viande ! Mark enchaînera cauchemar sur cauchemar, et l'envie de viande augmentera de plus en plus.
Un jour, ne pouvant plus se contrôler, il décidera de tuier un inconnu et de le bouffer.
Ce petit jeu durera 3 ou 4 fois. Pendant ce temps, jour après jour de plus en plus, son visage se désagrège et commence rapidement à ressembler à quelque chose de pas humain.
Bien vite, Mark se reclut dans une petite maison et coupe définitivement les traits avec ce qui faisait son bonheur (sa petite amie, ses amies, ses études) pour les sauver de son appétit. Il évite aussi tout contact humain quel que ce soit.
Des plaques apparaissent maintenant sur la peau de Mark. Ses cheveux tombent à profusion. Mark ne ressemble plus à rien maintenant. Mais Mark a gardé son âme d'humain.
Bien vite, pour éviter de sombrer de plus en plus dans la folie, et culpabilisant chaque fois qu'il tue un individu pour le bouffer, il va arrêter sa folie meurtrière. Pour cela, il n'y a pas de remède, alors une seule solution pour arrêter tout cela.... la solution finale... le suicide. Mais il n'en a pas le courage.
Alors, il va rester sur son lit, et ne plus jamais en bouger... rester coûte que coûte... rester... penser à des choses gaies... penser à sa copine... penser à ses amis... penser aux bons moments de sa vie maintenant passée... penser et attendre l'heure venue... penser à la fin et non à la faim... mourir...
La première fois que j'ai vu ce film, je devais avoir dans les 16 ans. C'était vers la fin des années 90's. Il était diffusé dans la "nuit gore" de Canal +. Pas plus fana de films gores à l'époque et encore aujourd'hui, j'avais rien à foutre. Donc bon ben je regarde. Je venais de me faire exclure 3 jours du collège où j'étais pour avoir fumé une clope dans les toilettes. Donc j'avais tout mon temps. Après des films d'horreur dont j'ai oublié le nom (donc pas plus marquants que ça, pour moi en tous cas), un clip d'Aphex Twin (le roi de l'électro expérimentale) est diffusé : "Come To Daddy", avec le clip où il se transforme en monstre (scène d'anthologie d'ailleurs où Mr Aphex Twin sort de la télé pour terroriser et hurler à la gueule d'une mémère qui promène son chien). Mais bon, pourquoi ont-ils diffusé ce clip musical, vu qu'il n'a rien de gore, ça reste un mystère. Mais bon après tout, on s'en fout un peu, ce n'est pas le sujet.
Donc après ce clip d'Aphex Twin, est diffusé ce film, "Moi Zombie, Chronique de la Douleur". Un film d'Andrew Parkinson. Jamais entendu parler du gars.
Après le visionnage, j'ai eu la larme à l'oeil. Si je m'attendais vraiment à cela, moi qui m'attendait à un film d'horreur de plus...
La première chose qui frappe dans ce film de 1998, c'est le côté amateurisme sans effets spéciaux. On voit que le réalisateur a eu un tout petit budget pour tourner son film, ce qui rend le film d'ailleurs beaucoup plus convaincant et réaliste, s'approchant presque d'un documentaire.Surtout qu'au tout au long du film, on voit les amis et la copine de Mark s'exprimer à son sujet face à la caméra : ils se demandent ce qui a pu lui arriver.
Bon sinon, pas la peine de vous faire un dessin mais si vous avez lu le résumé vous avez compris : le film est sombre à souhait. C'est d'ailleurs surement le film le plus dépressif, mélancoplique et sombre que j'ai pu voir dans ma vie. Ici, l'espoir n'existe pas, le héros a atteint le point de non-retour. La solitude est la seule compagnie du gars. La solitude extrême, celle qui vous pousse à vous reclure du reste du monde.
Pour tout avouer, le réalisateur voulait au début tourner un film sur le sida. Un film poignant, qui montre les difficultés et la solitude des gens qui ont cette maladie. Il ne devait y avoir aucun passage gore, aucun zombie et tout ça. D'ailleurs, à l'origine, ça ne devait pas être un film d'horreur.
Mais non, le film a été jugé trop déprimant et encore trop tabou pour pouvoir être sorti.
Alors, Andrew Parkinson a eu une idée : garder le thème du film en entier (la solitude) mais le transformer en film d'horreur avec des passages gores. Donc changer son film mais pas entièrement. Le message qu'il voulait passer à travers ce film est resté, et même s'il ne s'agit plus de sida mais de zombification, ça reste à peu de choses près identique.
Mais on peut aussi assimiler le cas de zombification de Mark à d'autres choses que le sida : vieillesse, drogue, cancer, dépression, chagrin d'amour,...
D'ailleurs, l'une des scènes les plus marquantes du film est celle où il se masturbe sur les photos de sa copine. La deuxième fois qu'il se masturbera (et qu'il est en état de décomposition de plus en plus avancé), son membre restera dans sa main... Le réalisateur a voulu montrer avec cette scène atroce que Mark n'a plus de masculinité, qu'il n'a plus rien d'humain, et qu'il n'a absolument plus de plaisir dans la vie.
L'interprétation des acteurs (inconnus au bataillon) et en tout point remarquable et des plus convaincantes. Franchement, chapeau aux acteurs du film pour leurs performances.
Pour finir, la musique. C'est toujours le même morceau qui passe, mais quel morceau : des accords de
guitare répétitfs et simples, mais mélancoliques à souhait. Une mélopée qui s'apparente à la vie du héros...
Au final, un film méconnu dont on ne ressort pas indemne et qui fait réagir. On peut aimer ce film ou ne pas l'aimer (certains diront à juste titre qu'il est vraiment trop dépressif), mais on ne peut pas rester de marbre en le voyant.
Prochain film chroniqué : "Maniac", un slasher émotif. Ou quand un quinquagénaire seul au monde, qui n'a jamais été aimé par qui que ce soit, timide, martyrisé par sa mère dans son enfance, laid, rejetté et bedonnant se transforme en serial killer... Film interdit dans plusieurs pays à l'époque (fin 70's/début 80's) car le réalisateur a montré un tueur auquel on éprouve plus de compassion mêlé de pathétisme qu'autre chose et pour son anthologique scène de fin gorissime et malsaine à souhait. Mais ce sera pour une autre fois.
Photos de cet article tirée de www.devildead.com et de www.dvdrama.com
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